J’irai revoir ma Normandie…
La chanson de Frédéric Bérat, qui date de 1836, est bien connue, au-delà même de notre région. Mais si son auteur revenait aujourd’hui en Normandie, il serait sans doute assez surpris. Je ne parle pas des destructions massives dues à la Seconde Guerre mondiale, mais plutôt de l’absence de caractère de notre région.
Bien sûr, l’imagerie d’Épinal des pommiers et des vaches existe toujours, mais ce n’est guère qu’une affiche touristique.
Il existe des régions en France où les traditions restent autrement vivaces qu’en Normandie : je pense notamment à la Bretagne et au Nord-Pas-de-Calais, que je connais bien.
Voici venir le printemps dans notre belle région. Avec lui vont éclore, dans chaque village ou presque, les sempiternelles foires à tout et autres vide-greniers. Hélas, est-ce donc tout ce qu’il reste de l’esprit festif normand? Ce déballage d’objets de brocante est d’un ennui infini.
J’ai un ami breton, qui a vécu plusieurs années près d’Évreux, et qui s’étonnait de l’absence totale de fêtes en Normandie. Comparées aux fest-noz bretons et aux kermesses du Nord, nos foires à tout font pâle figure. Elles sont déconnectées des traditions culturelles normandes et ne proposent, parallèlement, aucune animation autour de l’histoire des villages où elles se tiennent. On pourrait au moins imaginer que les églises soient ouvertes en cette occasion, que des visites des lieux d’intérêt architectural ou historique soient proposées. Après tout, il y a des érudits locaux dans chaque village. Mais non, rien n’est fait, on se contente d’installer des tables bancales recouvertes d’objets hétéroclites et de faire griller quelques chipolatas ou merguez.
Heureusement, quelques associations, ici ou là, surtout dans la Manche, font revivre les traditions dans de grandes fêtes populaires. L’exemple breton de villes comme Vannes commence à faire des émules et on trouve l’été de plus en plus de fêtes médiévales. C’est bien et nous espérons que ces animations culturelles vont se propager jusque dans les villages.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur l’absence de caractère de la Normandie, mais je le réserve pour d’autres éditoriaux. Vous avez certainement des exemples en tête et vous pouvez m’en faire part.
itinerairesdenormandie@wanadoo.fr
Yves Buffetaut,
docteur en Histoire, rédacteur en chef |
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